Solitude ou “seul-attitude” ? - quand le silence réveille les traces du trauma - solitude psychotraumatique
- David Laurençon
- 21 févr.
- 4 min de lecture
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''Solitude ou ‘seul-attitude’, accueillir la paix avec amplitude.”
Quand la solitude n’est pas juste un moment seul
Comment fait-on face à la solitude quand elle vient réveiller une histoire qui nous a profondément marqué ?
Après un traumatisme, la solitude psychotraumatique n’est jamais juste un moment où l’on se retrouve seul dans une pièce calme. Elle a une densité particulière. Elle peut devenir un espace où des sensations anciennes refont surface, où des souvenirs silencieux se manifestent, où le corps se souvient avant même que l’esprit ne puisse mettre des mots.
Lorsque tout se tait autour de nous, il arrive que notre corps reste en alerte. Le silence n’apaise pas toujours, il peut laisser monter une tension dans la poitrine, un creux dans le ventre, une agitation ou une lourdeur qui fige. Rien, dans l’instant présent ne semble dangereux, et pourtant l’insécurité se fait sentir. La solitude devient alors plus qu’une absence de compagnie, celle-ci devient un miroir où l’on se retrouve face à soi, sans distraction, sans filtre.
LORSQUE le passé se glisse dans le présent
On peut croire que l’on souffre de la solitude actuelle. En réalité, il arrive que ce soit une solitude ancienne qui se rejoue. Le traumatisme a souvent été vécu dans un isolement profond, seul face à la peur, seul face à l’impuissance, seul face à ce qui dépassait les capacités d’adaptation du moment. Cette expérience laisse une trace.
Plus tard, lorsque la solitude revient, même dans un contexte banal, elle peut entrer en résonance avec ce vécu passé.
Le corps, lui, ne fait pas toujours la différence entre hier et aujourd’hui. Il réagit comme s’il devait encore se protéger. La solitude devient alors un déclencheur. Elle peut réveiller la peur d’être abandonné, le sentiment de ne pas compter, la crainte de ne pas être secouru.
Le danger n’est plus là, mais la sensation peut sembler réelle.
Ce décalage est souvent source d’incompréhension. On se demande pourquoi une situation apparemment neutre provoque une telle intensité. Comprendre que la réaction appartient à une mémoire traumatique permet déjà d’introduire un peu de clarté et de compassion envers soi-même.
Comprendre et accueillir la réaction
Faire face à cette solitude psychotraumatique ne signifie pas se forcer à être fort, ni à être plus indépendant. Cela commence par reconnaître que ce que l’on ressent est normal et compréhensible. Le système nerveux cherche avant tout à se sentir en sécurité. S’il a appris que l’absence de soutien signifiait danger, il réagira en conséquence, même des années plus tard.
Mettre des mots sur ce que l’on vit peut déjà apporter un soulagement et dire « je me sens seul » plutôt que « je suis seul » permet de transformer un état figé en une expérience passagère. Cela aide à distinguer le présent du passé et à comprendre que ce que l’on ressent appartient peut-être à une autre époque.
La solitude imposée peut amplifier les pensées en boucle, accentuer la dissociation ou l’hypervigilance. Certaines personnes se figent, d’autres se sentent envahis. Dans tous les cas, le corps tente de survivre à quelque chose qu’il croit encore actif.
Introduire de la sécurité dans le vide
Transformer la solitude en “seul-attitude” ne veut pas dire nier la douleur. Cela signifie introduire progressivement de la sécurité dans l’expérience d’être seul en sécurité corporelle tout en prenant le temps de respirer profondément, en s’ancrant dans ses sensations, dans sa sécurité émotionnelle en accueillant ce qui se présente sans se juger. La sécurité relationnelle quant à elle, en restant connecté à des liens fiables, même à distance, servira de rappeler à son système nerveux qu’il n’est plus seul face au danger.
Ces gestes peuvent être simples et s’installer dans un endroit qui rassure, créer un rituel du soir, écrire ce qui traverse l’esprit, écouter une voix familière. Ce sont de petits actes qui, répétés et très persuasifs pour la sémantique et cohérence cérébrale, envoyant un message clair.. “ici et maintenant, je suis en sécurité !”
Petit à petit, ces expériences correctrices permettent au système nerveux d’apprendre que solitude ne signifie plus danger. L’association ancienne peut se desserrer.
La place du lien dans la réparation
La relation thérapeutique peut offrir un soutien précieux. Elle permet de traverser les moments de solitude sans se sentir abandonné. Elle crée une continuité, un espace stable à partir duquel la solitude peut devenir moins menaçante.
Plus largement, les liens humains restent essentiels. Il ne s’agit pas d’être entouré constamment, mais de savoir qu’il existe des figures fiables, des personnes ou des rituels qui nous rappellent que l’on n’est pas totalement seul. Ce simple sentiment peut transformer l’expérience intérieure de la solitude et aider à la traverser avec plus de douceur.
Le besoin de lien ne disparaît pas après un traumatisme. Il peut même devenir plus sensible. Reconnaître ce besoin comme légitime est une étape importante du chemin.
De la solitude PSYCHOTRAUMATIQUE à la “seul-attitude”
Avec le temps, la solitude peut cesser d’être un rappel traumatique et elle peut devenir un espace de récupération, où le corps apprend qu’il peut être seul sans être en danger. On découvre alors, qu’il est possible de se soutenir soi-même avec bienveillance.
Faire face à la solitude après un traumatisme ne signifie pas supprimer le besoin de lien. Il s’agit de restaurer la capacité à se sentir en sécurité même en l’absence immédiate d’autrui.
La solitude cesse d’être une répétition de la blessure et devient un temps habitable, un espace pour se retrouver sans se perdre.
La “seul-attitude” n’est pas l’éloge de l’isolement. C’est apprendre à être avec soi, à s’accompagner sans se juger, et à transformer le silence en allié plutôt qu’en danger.
David Laurençon
Accompagnement du psychotraumatisme
Psycho-éducation · Sécurisation du système nerveux · Se reconstruire
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